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Covid-19 : Une vie de boy de Ferdinand Oyono. Quelques notions

Mardi 21 avril 2020 à 09:19

Covid-19 : Une vie de boy de Ferdinand Oyono. Quelques notions

UNE VIE DE BOY DE FERDINAND OYONO : QUELQUES INDICES DE PREJUGES RACIAUX DANS LES RAPPORTS ENTRE COLONISATEURS ET INDIGENES DU CERCLE DE DAGAN.

Diao FAYE Assistant à la FASTEF/UCAD

Résumé : De la cohabitation des deux communautés noire et blanche, sont nés, inéluctablement, des sentiments, des comportements, des attitudes et des relations entre colonisateurs et indigènes. L’analyse de la situation coloniale dans Une vie de boy, révèle des réalités complexes que Ferdinand OYONO relate crûment sous un ton humoristique. Le récit rend compte des inégalités et des clivages fondés sur la couleur. Les passages du texte, cités abondamment ici, ne sont que quelques exemples qui illustrent les thèses énoncées par l’auteur de l’article à partir de sa propre réception du roman de contestation de la situation coloniale en général et de cette œuvre en particulier.

Mots–clés : situation coloniale, colonisateur, contestation, indigène, préjugé racial, violence, haine, supériorité, infériorité, injustice.

Abstract : From the cohabitation of the two communities, black and white, arose necessarily, feelings, behaviours, attitudes, relations between colonizersand natives. The analysis of the colonial situation in Une vie de boy reveals complex realities which Ferdinand Oyono relates plainly in a humoristic tone. The narrative is about the inequalities and divisions based on the colour of the skin. The passages of the text, abundantly quoted in this piece of research are only a few examples which illustrate the theses statedby the author of the article from his own reception of the novel of protest against the colonial situation in general and of that work in particular.

Kee-words : colonial situation, colonizer, contestation, native racial prejudice, violence, hatred, superiority, inferiority, injustice.

Introduction

Une vie de boy, roman de contestation de la situation coloniale, publié en 1956 par l’écrivain camerounais Ferdinand OYONO aux éditions Julliard est une peinture satirique des relations entre colonisateurs et colonisés en terre africaine. Son succès, dans les milieux intellectuels, avant et après les indépendances, se justifie largement par le réalisme et la cruauté des faits racontés dans un ton teinté d’humour. Certes, les blancs y brillent par leurs préjugés raciaux et leurs actes de violence. Cependant une lecture plus approfondie décèle aussi des attitudes négativement chargées chez les dominés qui, unanimement, pensent que leurs « maîtres » ne jouissent pas de toutes leurs facultés mentales. Qu’il s’agisse des indigènes du cercle de Dangan ou des employés domestiques, des auxiliaires dans les services administratifs, des fidèles catholiques noirs nouvellement convertis, la remarque est constante : le blanc, cet incirconcis, ce non-initié, ignore les plus élémentaires règles de la vie sociale. De leur côté, tous les blancs considèrent le noir comme un grand enfant, un paresseux, un voleur, un menteur, un hypocrite…S’agirait-il là de préjugés raciaux que porte chacune des communautés condamnées à vivre ensemble l’aventure de la conquête coloniale ? De part et d’autre, ces sentiments de différence fondés sur la race et uniquement sur elle relèvent sans nul doute de l’ignorance et de l’intolérance. Notre étude, après un bref essai de définitions du concept de préjugés raciaux, mettra en opposition les deux communautés dans leurs cadres de vie et dans leurs divers rapports pour montrer les préjugés manifestes ou voilés dans le dire et le faire des protagonistes.

1.QUE FAUT-IL ENTENDRE PAR PREJUGES RACIAUX?

Selon la déclaration de l’UNESCO sur la race et les préjugés raciaux toute théorie faisant état de la supériorité ou de l’infériorité intrinsèque de groupes raciaux ou ethniques qui donneraient aux uns le droit de dominer ou d’éliminer les autres, inférieurs présumés, ou fondant des jugement de valeur sur une différence raciale, est sans fondement scientifique et contraire aux principes moraux et éthiques de l’humanité. N’était-ce pas en toute logique la philosophie du colonialisme qui se réfugiait derrière une prétendue mission civilisatrice.

En tous cas le comportement de l’administration coloniale traduit bien un tel esprit. Racisme ou préjugé racial ? La précision qu’apporte l’UNESCO dans les lignes suivantes nous édifie largement : le préjugé racial, historiquement lié aux inégalités de pouvoir, se renforçant en raison des différences économiques et sociales entre les individus et les groupes humains et visant encore aujourd’hui à justifier de telles inégalités est totalement injustifié.

Il ne serait certainement pas superflu de préciser que les notions de racisme, ethnocentrisme, sociocentrisme et autres ne désignent pas des réalités identiques bien que liées étroitement.

Au sens le plus strict du terme le racisme consiste à attribuer à l’hérédité biologique les particularités culturelles d’un groupe qui a une apparence physique fortement distincte.

Une telle conception présente l’avantage d’être énoncée comme une simple distinction de deux groupes sans s’aventurer dans des considérations tendant à favoriser l’un au détriment de l’autre alors que la définition qu’en donne Albert Memmi insiste particulièrement sur cet aspect : Le racisme est la valorisation généralisée et définitive de différences réelles ou imaginaires au profit de l’accusateur et au détriment de sa victime, afin de justifier ses privilèges ou son agression.4 Ici, différence égale supériorité ou infériorité et pour toujours. Il n’y a donc aucune possibilité pour le groupe dit inférieur de prétendre à un renversement de la tendance.

Selon Perrot, l’ethnocentrisme est défini comme l’attitude d’un groupe consistant à s’accorder une place centrale par rapport aux autres groupes, à valoriser positivement ses réalisations et particularismes, et menant à un comportement projectif à l’égard des hors- groupes qui sont interprétés à travers le mode de pensée de l’en-groupe. Les notions d’en-groupe et de hors-groupe sont pertinentes en ce qu’elles véhiculent de manière implicite l’idée d’une vision du monde étroite et aveugle de l’ethnocentriste qui ne peut relever rien de négatif dans son propre groupe. Cette attitude d’autosuffisance et d’autosatisfaction excessive ne favorise nullement l’échange, pas plus qu’elle n’envisage la possibilité de tirer profit de l’expérience de l’autre. Les précisions que nous venons d’apporter s’imposent dans une étude de ce genre pour lever toute équivoque éventuelle et centrer les débats sur les préjugés et non sur autre chose car comme nous avertissait il y a déjà plus de quarante ans Pierre PARAF : la notion de racisme fait l’objet de nombreux abus… L’auteur d’un livre assez répandu parle de racisme social, politique, religieux…quand il s’agit d’exploitation sociale, d’oppression politique et de persécution religieuse. Qu’en est-il réellement des relations entre colonisateurs et indigènes dans Une vie de boy de F. Oyono.

Le personnage principal, Toundi est recueilli par le prêtre de la mission catholique  de Dangan depuis qu’il a quitté sa famille pour fuir la cruauté de son père furieux d’apprendre que des biscuits et des morceaux de sucre jetés par « cet homme- femme blanc » seraient à la base de la querelle entre son fils et celui de son voisin. Père Gilbert a généreusement nourri, vêtu, éduqué, instruit et baptisé le jeune Toundi. Joseph, imitant son maître, tient un journal intime où il consigne dans sa langue maternelle Ewondo tout ce qui se passe autour de lui : à l’église, du vivant du Révèrent Père Gilbert et après sa mort ; à la résidence du Commandant où le Père Vandermayer lui a trouvé un emploi de boy considéré comme une promotion non négligeable ; dans les services de l’administration coloniale ; dans la vie quotidienne des populations du Dangan des blancs et de celui des noirs. Le manuscrit, contenu dans « deux cahiers cornés » trouvés dans les bagages d’un cadavre gisant sur la frontière de la Guinée Espagnole par Ferdinand OYONO, traduit en Français par lui- même, est édité sous le titre susmentionné. Le traducteur déclare avoir pris soin de respecter la pensée et même, chose difficile, le style de l’auteur du manuscrit qui se trouve être Toundi Joseph, le boy du commandant du cercle de Dangan. Le récit met en scène en les opposant deux vies : celle des noirs, dominés, colonisés et celle des blancs, dominants, colonisateurs.

2. DEUX CADRES, DEUX COMMUNAUTES.

Dans son étude relative à la structure spatiale des trois romans de Ferdinand Oyono, M. Tambadou note : la trilogie oyonienne a pour cadre un type ne varietur de ville coloniale. Cette ville s’appelle Dangan dans Une vie de boy, Doum dans Le Vieux nègre et la médaille et n’est pas nommée dans Chemin d’Europe. En réalité toutes ces villes sont des villes-symboles. Elles sont toutes, rigoureusement segmentées en quartiers blanc et noir comme, du reste, cette remarque tranparaît dans la plupart des romans de l’époque dont Ville cruelle. d’Eza Boto pour ne citer que celui-là.

De même, le cercle de Dangan se compose de deux entités distinctes :

le quartier indigène fait de taudis et de cases en chaume, lieu de promiscuité, d’insécurité et de pauvreté. C’est là que vivent les parents de Toundi et autres noirs de mêmes conditions comme le rapporte ce passage à la page 19 : J’avais un oncle que je n’aimais pas à cause de ses croûtes de gale. Sa femme sentait, comme lui, le poisson avarié. Il me répugnait d’entrer dans leur masure…Je revins doucement derrière notre case et regardai à travers les lézardes du mur de terre battue.

Au cours de ses rafles nocturnes le commissaire nous plonge dans cet univers lugubre où les hommes et leurs produits agricoles s’entassent dans la même case. C’est la tournée du commandant en brousse qui nous fera découvrir les vraies réalités de l’indigénat où poules, chèvres, hommes et femmes squattent les mêmes locaux éclairés par un feu ardent : Sophie poussa la porte. La poule caqueta. Sophie rassembla les tisons et souffla. Une flamme vacillante éclaira la case…L’odeur des chèvres pénétra dans la case…

Dans ce Dangan des nègres la population souffre mais chante et danse à longueur d’année à l’occasion des veillées et autres réjouissances populaires. Elle ne revendique aucun droit et sans murmure s’acquitte tant bien que mal de ses devoirs.

le quartier résidentiel abritant les services administratifs et les domiciles des chefs blancs. C’est un ensemble de bâtiments modernes à l’architecture coloniale avec toutes les infrastructures européennes (vestibule, salle de séjour, salle de bain, chambres à coucher, toilettes, cuisine), de vastes cours et des jardins proprement entretenus. Ce Dangan des blancs regroupe en son sein des lieux fréquentés par les deux communautés et qui sont le théâtre de discriminations notoires: la mission catholique, la résidence du commandant, l’hôpital, l’école, la prison, les maisons de commerce tenues par des Grecs…

En effet, l’église qui réunit tous les chrétiens le dimanche se scinde en deux groupes nettement séparés et traités de manière discriminatoire. D’abord l’on note, le désordre, la bousclade, le bruit et l’indiscipline d’un troupeau de bêtes abandonnées à elles-mêmes tel que le mentionnent ces lignes : l’unique porte de la nef fut prise d’assaut par les noirs qui stationnaient dans la cour. Quelques casques sautèrent dans la bousculade. On entendit les cris des femmes et des enfants…Ensuite, arrive une communauté organisée agissant dans le calme et la discipline sous la conduite d’un guide qui se préoccupe peu de la majorité de ses fidèles : Précédés du père Vandermayer, les blancs entrèrent par la sacristie. L’entrée des fidèles par deux portes différentes présage un traitement de faveur pour les uns et un réel mépris pour les autres. La séparation des deux communautés est encore plus nette dans ce passage : dans l’église Saint-Pierre de Dangan, les Blancs ont leurs places dans le transept, à côté de l’autel. C’est là qu’ils suivent la messe, confortablement assis sur des fauteuils de rotin recouverts de coussins de velours. Et,  le  narrateur  réussit par l’exagération et l’opposition des tableaux, à mettre le doigt sur la plaie : la nef de l’église divisée en deux rangées est, est uniquement réservée aux Noirs. Là, assis sur des troncs d’arbres en guise de bancs, ils sont étroitement surveillés par des catéchistes prêts à sévir brutalement à la moindre inattention des fidèles. Ces serviteurs de Dieu, armés de chicotes font les cent pas dans l’allée centrale qui sépare hommes et femmes.

En voilà des attitudes ségrégationnistes dans un lieu de culte d’une religion qui prône l’égalité, l’amour, la justice, le respect de toutes les créatures, bref toutes les valeurs humanistes. Le prêtre doit-il cautionner une telle pratique de ses compatriotes blancs ? Se rend-il compte de la bassesse de ce comportement?

Là, on voit clairement l’inégalité frappante des deux communautés, venues dans la ferveur, célébrer la même messe. Si les noirs subissent docilement les vexations et les brimades, leurs pensées à travers le regard de Toundi prouvent qu’ils savent observer et dévoiler l’hypocrisie et les comportements blasphématoires des blancs dans l’église y compris leur prétendu guide religieux. Le spectacle est loin d’inspirer la confiance et la foi aux nouveaux adeptes que sont les indigènes : Gosier-d’oiseau profitait de l’élévation pour presser la main de sa voisine, tandis que les jambes de Mme Salvain se rapprochaient imperceptiblement de celles du commandant..

Non seulement ces blancs batifolent en pleine messe mais ils sont pressés de quitter pour laisser les noirs seuls avec le prêtre poursuivre la cérémonie en langue nationale. On dirait qu’il y a deux messes : une longue pour les noirs une plus courte pour les blancs. Est-ce tout cela pour le même Dieu ? Y aurait-il un Dieu noir et un Dieu blanc ? Pourquoi contraindre les uns à rester et libérer les autres ? Tous les blancs se levèrent et s’en furent par la sacristie. Dans la nef, les catéchistes fermaient la porte pour obliger les nègres à écouter le sermon.14 La discrimination est, on ne peut plus flagrante et qui plus est, sans fondement. On serait tenté de se croire en face d’une scène purement imaginaire si Pierre THOUNGUI n’avait déjà pas affirmé que la littérature camerounaise est une littérature-témoignage[…] Certains romans sont d’authentiques histoires d’hommes qui ont réellement vécu. 15 La discrimination ne s’arrêtera point au village et à l’église Elle se poursuit jusqu’au cimetière où un coin spécial est réservé aux blancs. C’est là que le Père Gilbert est enterré.

3. DES RELATIONS COMPLEXES.

Dès le début du premier cahier16,le narrateur invite le lecteur à comprendre une fois pour toute la nature de relations fondées sur l’inégalité, la domination et la soumission. Lorsque Toundi déclare naïvement : « Maintenant que le père m’a dit que je sais lire et écrire couramment... » on perçoit nettement l’ascendance du maître sur son adepte. Très tôt le terme est lâché : « mon bienfaiteur et maître. » La phrase inachevée« ces blancs savent tout conserver… »17 sortie de la bouche de Toundi Joseph, traduit l’opinion de ses compatriotes et apparaît dans l’ordre chronologique comme le premier préjugé dans l’œuvre. En effet, il est surpris de voir dans le journal d’une si grande personnalité des détails aussi peu importants qu’un coup de pied .Il ne peut comprendre que le Blanc ne puisse oublier ce fait banal.

La vie à l’église permet à Toundi de découvrir que ses chefs religieux ne sont pas circoncis et n’envisagent pas de se marier. Aux yeux des indigènes c’est un scandale impardonnable pour des hommes dignes d’exister. Avant cette découverte de Toundi, « l’homme blanc aux cheveux semblables à la barbe de maïs, habillé d’une robe de femme » n’était pris au sérieux que par quelques bandes d’enfants attirés par les bonbons qu’il jetait par terre. Le père de Toundi réprimande sévèrement son fils pour s’être approché de cet homme-femme blanc… Pour les noirs la gent humaine se réduisait à la peau noire. « Depuis l’arrivée des blancs nous avons compris que tous les autres hommes ne sont pas des animaux. » Cet aveu prouve le niveau d’informations de ces populations sur le reste du monde. Mais à y voir de près cette vision qu’elles clament à haute voix est quasiment identique à celle que les blancs pensent tout bas et appliquent sournoisement dans leurs relations avec les indigènes.

C’est ce que nous allons démontrer dans le cadre de vie de l’autorité temporelle, la Résidence du Commandant de cercle. C’est un lieu à la fois respecté et redouté par les Noirs très curieux d’y découvrir des objets, des sentiments, des comportements, des paroles jusqu’ici inconnus sur lesquels ils portent un regard neuf. Là, également les préjugés sont légion. Tandis que les Blancs méprisent et maltraitent les noirs, ceux-ci éprouvent pitié et compassion pour ces incirconcis écervelés. Comme le dit un dicton wolof : « kooy jiiñ ag ndof mu ngi lay gasal i reen » 18 Autrement dit si les noirs donnent l’impression d’envier les Blancs dans leurs conditions de vie aisée, ils ne leur pardonnent point leurs nombreuses bassesses de toutes sortes dues sans doute à une éducation ratée. Leur comportement dans l’ensemble, est, aux yeux des colonisés, le fait d’une absence d’initiation à la vie. Les valeurs acquises à travers les dures épreuves qui marquent les étapes décisives de l’itinéraire aussi bien de l’homme que de la femme indigènes ne préoccupent guère la communauté blanche, incapable de dominer ses désirs et ses passions. Dans la résidence du Commandant le couple blanc est entouré de tout un petit monde de domestiques qui dans une mise en scène réussie du narrateur, rivalise d’ardeur dans les besognes tout en dévoilant au grand jour l’autre face cachée de leurs prétendus maîtres. Le boy du commandant qui, pour ironiser, se targue du titre pompeux de chien du roi, roi des chiens, apparaît comme le meneur de jeu en dépit sa naïveté apparente. Le  cuisinier plus âgé que lui et naturellement plus expérimenté, le blanchisseur, plus jeune que lui, les deux sentinelles, la femme de ménage sont tous fiers de s’occuper avec soin des problèmes de ce couple. Ce sont en quelque sorte des privilégiés du fait de leurs postes de travail à la Résidence. Traités avec mépris et violence, ils parviennent malgré tout à s’amuser et à rire dès qu’ils se retrouvent seuls. Ils se demandent comment des adultes et de surcroît des responsables peuvent tenir des propos aussi saugrenus que ceux avancés par le Commandant de cercle dès son premier contact avec son nouveau boy.

En vérité, l’entretien d’embauche avec Toundi n’est bâti que sur des préjugés, toutes les questions portant sur les défauts que le Commandant prête aux nègres : après m’avoir longuement observé, mon nouveau maître me demanda à brûle-pourpoint si j’étais un voleur.

  • Non, mon commandant, répondis-je.
  • Pourquoi n’es-tu pas un voleur ?
  • Parce que je ne veux pas aller en enfer.
  • Où as-tu appris ça ?
  • Je suis chrétien mon Commandant…
  • Alors tu n’es pas un voleur parce que tu ne veux pas aller en enfer.
  • Oui mon Commandant.
  • Comment est-ce l’enfer ?

Même la suite de l’entretien qui semble être un compliment ne renseigne, au fond, que sur les défauts des nègres : tu es un garçon propre…Tu n’as pas de chiques, ton short est propre, tu n’as pas de gale…Tu es intelligent, les prêtres m’ont parlé de toi en termes élogieux.20 Ici la répétition de la deuxième personne du singulier pour une première rencontre dénote des rapports d’inégalité des interlocuteurs. C’est le chef qui s’adresse à son domestique soumis et docile.

L’attitude violente du Commandant dès la première journée de corvée de Toundi ne se justifie vraiment que par une certaine haine raciale qui incite le Blanc à battre, sans raison et sans pitié, les noirs pour un oui ou pour un non : le commandant m’empoigna par les cheveux, me fit tournoyer, puis plongea ses yeux dans les miens […] Le commandant me décocha un coup de pied dans les tibias….21 Assurément, c’est pour gloser que Toundi s’attarde sur le comportement de son maître. S’il a besoin de rappeler le coup de pied de son gentil et bienfaiteur prêtre, le regretté Gilbert, c’est justement pour attirer l’attention des lecteurs sur cette manie des Blancs, même les plus gentils, de recourir systématiquement à la violence pour installer la peur dans l’esprit des nègres. Les séances de sixa du vicaire Vandermayer sont symboliques de la violence gratuite envers les pauvres femmes qui viennent se confesser. Le commissaire Gosier-d’oiseau ainsi que son monstre Eau-de viande, le chef des gardes, se délectent dans leur acharnement violent sur les nègres.

La torture atteint son paroxysme dans l’interrogatoire de Toundi, accusé de complicité avec Sophie qui a disparu en emportant par devers elle l’argent de l’ingénieur agricole, son amant : je m’étendis à plat ventre devant le garde, Gosier- d’oiseau lui tendit le nerf d’hippopotame…Le garde le fit siffler vingt-cinq fois sur mes fesses. Au début je ne voulais pas…je serrais les dents tout en m’efforçant de  penser à autre chose.

-Passe-moi la chicotte dit Gosier-d’oiseau. Il fit siffler le nerf d’hippopotame sur le dos du garde qui poussa un barrissement de douleur.

  • Là ! C’est comme ça qu’il faut frapper ! Recommence !
  • Crie ! Crie donc pleurait-il en s’acharnant sur moi...
  • Ta gueule ! lui cria l’amant de Sophie en me décochant un coup de pied sur le menton…
  • Demain rien à manger…Chicotte toute la journée…

Quelle violence ! Quelle atrocité ! Pourquoi donc les blancs sont-ils insensibles à la douleur des nègres ? serait-on tenté de s’interroger. Parce qu’ils ne leur reconnaissent aucun droit d’humains, serait sans doute la juste et franche réponse.

Les pensionnaires de la prison civile subissent, sans répit, les atroces supplices du régisseur et de ses gardes qui tapent aveuglément sur tout ce qui bouge devant    eux : M. Moreau, échevelé, les manches de sa chemise retroussées, s’acharnait sur mes compatriotes avec une telle violence que je me demandais avec angoisse s’ils sortiraient vivants de cette bastonnade[…] Le grand Sara accourut, présenta son arme et asséna un coup de crosse sur les suspects. -Pas sur la tête…ils ont la tête dure…sur les reins…Ndjangoula donna un coup de crosse sur les reins. Les nègres s’affaissaient et se relevaient pour s’affaisser de nouveau sous un autre coup plus violent.23 »

Ce tableau macabre, comme le pense tout bas le boy du Commandant, est en porte à faux avec l’amour du prochain que prêchent tous les prêtres blancs. Le paradoxe, c’est que même l’église qui donne ces leçons, pendant la messe, fait surveiller les nègres par des gardes armés de cravaches. Dans l’esprit des blancs, le nègre ne fonctionne que sous la contrainte et le châtiment corporel. Pour les blancs, raisonner un nègre c’est une perte de temps ; il faut le battre comme l’âne pour qu’il s’exécute sans murmure. Monsieur le régisseur de prison a raison de dire qu’il vous faut la chicotte.24 Quel mépris ! Quelle ignorance !

De leur côté, les nègres se moquent des blancs qui, selon eux seraient des êtres bizarres sans discernement, sans scrupule, sans honte, esclaves de leurs plaisirs, de leurs passions et de leurs vices de toutes sortes. Toundi, l’œil de la communauté noire n’est point tendre envers ses maîtres depuis qu’il a découvert avec la plus grande déception que le Commandant, comme le père Gilbert, n’est pas circoncis non plus. Il ne pouvait jamais imaginer et tous les nègres de Dangan avec lui que celui que la France envoie à Dangan comme chef n’est pas un homme qui mérite respect et obéissance. Un incirconcis ne peut diriger ni commander, parce qu’il n’est justement pas initié. De tels préjugés, liés à la culture, vu l’importance qu’occupe cette initiation dans la vie des africains, sont légion dans ce milieu. Personne, dans la circonscription, ne le considère comme un homme. Lui, n’étant au courant de rien, ne peut deviner une seule fois qu’il est la risée de tous ceux qu’il comptabilise comme ses sujets. D’ailleurs les noirs se demandent comment les femmes blanches apprécient leurs hommes. Le récit des aventures de l’ancien combattant avec les blanches pendant la guerre prouve la super-puissance sexuelle que leur concèdent volontiers ces dernières. A la question pourquoi les blancs nous interdisent-ils leurs femmes ? la réponse parce qu’ils sont incirconcis 25 qui fait pouffer de rire tout l’auditoire semble être positivement partagé par les autres. Cette description caricaturale de la femme blanche: une vraie femme blanche, cheveux couleur de la barbe de maïs, yeux de panthère, les fesses comme une patte collée au mur est approuvée par tous comme la vraie représentation que les nègres se font de la femme blanche. L’on notera au passage le réalisme du narrateur qui s’inspire de la flore et de la faune de son environnement socioculturel pour décrire non sans humour ce qu’il vient de découvrir

Les relations coupables de l’épouse du Commandant et M. Moreau, le régisseur de prison, alimentent les conversations des domestiques que le narrateur met en scène dans un ton à la fois comique et ironique. Le garde est pressé de donner à Toundi sa version des faits après le premier passage de « l’Eléphant blanc » comme l’appellent les indigènes : l’Eléphant blanc que tu connais a visité le champ du Commandant en son absence…ça me fait tout de même mal au cœur de penser que Madame puisse faire ça au commandant.26 Les chuchotements, les gestes, les clins d’œil, les rires, les grimaces de la véranda à la buanderie en passant par la cuisine sont symboliques d’une raillerie sournoisement entretenue par les domestiques. Les nègres généralisent en avançant que toutes ces femmes blanches ne valent pas grand-chose… Les blancs s’entretuent pour une femme… Ces blancs défient la chance dans leur passion.

La découverte des préservatifs fait naître divers sentiments chez les domestiques noirs ; …Ils sont déjà incirconcis comme ça et ils éprouvent encore le besoin de se fabriquer d’autres enveloppes ! Ils sont fous les Blancs…Comment peuvent-ils dire qu’ils font la chose si c’est avec un peu de caoutchouc ! 28

Kalissia, la nouvelle femme de chambre qui a travaillé avec beaucoup de Blancs apporte de nouvelles informations qui font trembler le boy du Commandant : Une femme blanche avec des yeux comme les siens ne peut se passer d’homme pendant même deux semaines…Combien de fois faîtes-vous ça par semaine?...Là-bas, du côté de la mer, les boys couchent avec leurs patronnes, c’est courant…Ici vous avez peur des Blancs…C’est idiot.29 Kalissia qui avoue avoir servi comme maîtresse et femme de chambre chez d’autres blancs parle en parfaite connaissance de cause. Le jugement qu’elle donne de sa nouvelle patronne n’est certainement faux ; mais n’est-ce par préjugé qu’elle prête les mêmes attitudes à toutes  les  femmes  blanches ? Les conseils q’elle donne à Toundi lorsque le scandale de l’adultère éclate au grand jour dans la Résidence prouvent qu’elle connaît bien les Blancs car le scénario de la suite de ce conflit se réalisera tel que prévu par elle. Si j’étais à ta place…Je m’en irais, maintenant que la rivière ne t’a pas encore englouti entièrement. Nos ancêtres disaient qu’il faut savoir se sauver lorsque l’eau n’arrive encore qu’au genou. Tant que tu seras là, le Commandant ne pourra oublier. C’est bête, mais avec les Blancs c’est comme ça…Tu seras…l’œil du sorcier qui voit et qui sait.30 Le préjugé selon lequel, dans le ménage des Blancs c’est la dame qui domine et fait souffrir son mari en le trompant avec d’autres hommes, est largement répandu chez les indigènes de Dangan. L’homme accepte la situation tant qu’il n’est pas condamné à vivre sous le regard gênant d’un témoin étranger comme Toundi. Son arrestation et son élimination étaient prévisibles. Cette faiblesse de l’homme blanc devant son épouse est un vieux préjugé chez les nègres. Le narrateur l’illustre à maints endroits, notamment lorsque le Commandant qui sème la terreur dans sa circonscription, éprouve le besoin de se réfugier derrière une forte dose de cognac pour affirmer à son épouse qu’il a la preuve des relations coupables avec le régisseur de prison. Naturellement Toundi est choqué par une telle attitude d’un mari cocu. Le Commandant se plaint moins de l’acte ignoble de sa femme que de la propagation de la .nouvelle dans la ville où les moqueries des indigènes lui sont adressées à la criée dans leur dialecte à travers les rues.

Autres préjugés des Blancs : les noirs sont physiquement résistants ;il n’a que 39°5 de température, ce n’est grave pour eux 31 déclare le médecin blanc. De leur côté, les nègres sont convaincus que les Blancs sont fragiles et peu courageux. En dépit de ses douleurs atroces après la torture subie à la police, Toundi sent une certaine fierté dans sa conduite digne d’un homme noir : J’ai éprouvé un certain plaisir à penser que ni le commandant, ni M. Moreau, ni l’amant de Sophie…ni aucun Blanc de Dangan n’eussent tenu le coup à notre place…32 Une telle pensée, en ce moment précis de torture, peut paraître bizarre pour l’autre qui n’a pas reçu l’initiation dans la case de l’homme à supporter dignement les épreuves sans broncher. Un homme ne crie pas de douleur au risque de se déshonorer, conformément à la célèbre devise de l’armée sénégalaise : On nous tue, on ne nous déshonore pas. Impuissant  face à la force du Blanc que lui confère le pouvoir colonial, le nègre obéit docilement tout en sachant qu’en d’autres lieux et en d’autres temps, le Blanc détalerait à toute allure devant lui pour sauver sa peau. La réaction de ce nègre est à rapprocher de ce que font les chasseurs, les lutteurs et les paysans après une rude épreuve. Ce sont des paroles de soulagement et d’auto-satisfaction, déclamées pour se comparer à son adversaire ou à ses pairs. On les retrouve comme genres dans la littérature orale wolof sous les vocables bàkk ou auto-louanges, kañ ou jurons33qui sont des paroles rythmées que profèrent respectivement le lutteur avant et après le combat et le travailleur au cours des travaux champêtres pour se comparer aux autres et se galvaniser.

Pour le Blanc, le nègre sent mauvais tel que le confirment les plaintes du Commandant qui cherche à localiser une mauvaise odeur qui se dégage dans la salle où Toundi vient de trouver le couple en apportant le verre d’eau commandé par le maître des lieux. Selon lui, la mauvaise odeur serait aussi dans cette eau et provient du boy nègre : « ça sent…ça sent…ici. Va ouvrir ce volet. C’est peut-être toi…Quand on a des Nègres, il faudrait que toutes les issues soient largement ouvertes… » Pour prouver la réelle idiotie de son maître, Toundi lui tend un autre verre où il vient de cracher. En le vidant d’un seul coup, le Commandant confirme son déficit de bon sens. Le nègre Toundi rit sous cap et invite le lecteur à constater l’absurdité du préjugé comme pour dire que tel est tourné en dérision qui croit humilier son interlocuteur. Derrière cette attitude intelligente quoique hypocrite de Toundi, se cache le manque de discernement que les nègres reprochent à leurs prétendus civilisateurs.

La réception offerte à la Résidence pour fêter l’arrivée de Madame à Dangan est l’unique occasion regroupant l’ensemble de la communauté blanche (commerçants grecs, américaines de la mission protestante, chefs de service français collaborateurs du commandant) dont la conversation est essentiellement axée sur les préjugés de couleur. La vive discussion qui a opposé l’instituteur au reste des Blancs réveille le démon des préjugés qui couve en chaque agent de la colonisation. La passion et la violence avec lesquelles tout le monde condamne l’attitude de l’instituteur prouvent un certain nombre de sentiments communs de mépris manifesté par des propos tels que : Nous pas buveurs indigènes. Vous savez, ces gens-là boivent au-delà de toute imagination… L’hôpital manquera toujours d’alcool… Les infirmiers tournent toutes les mesures… Il n’y a pas de moralité dans ce pays… Pauvre France !... Les nègres sont maintenant ministres à Paris ! Où allait la République ? 34 Selon eux les nègres ne se soucient guère ni de mesure ni de dosage en matière de consommation d’alcool. D’ailleurs ils raffolent tous de l’alcool de 90° d’usage médical. La présence de ministres nè gres dans le gouvernement français ne peut être tolérée par les expatriés qui ne vouent aucun respect aux noirs. L’acharnement du désinfecteur de Dangan est symbolique du courroux des éternels insatisfaits du groupe, qui profitent de toutes les occasions, pour extérioriser leur mécontentement.

Conclusion

L’on pourrait, à l’infini, multiplier les exemples de préjugés dans ce roman qui, selon la note de l’éditeur Pocket, à la quatrième page de couverture, fait figure de témoignage, dans une société où les relations interraciales étaient enfouies dans un discours lénifiant imposé par les Blancs.35 Ainsi donc le roman de contestation de la situation coloniale donne un « gros plan » de l’altérité, entendue comme l’ensemble des différences perçues dans les relations avec l’autre. L’inter culturalité est vécue dans une atmosphère de clivage social. Le récit a mis en scène, en les opposant, deux modes de vie, deux peuples qui ont bâti leurs relations sur des préjugés inégalement sentis et vécus par les uns et les autres tantôt dans l’indifférence tantôt dans la douleur et l’humiliation. C’est un violent choc que vit le nègre dont les droits les plus élémentaires sont royalement ignorés par le colonisateur qui, pourtant clame partout liberté, égalité, fraternité. L’analyse que nous venons de faire est une option qui participe d’une volonté manifeste de prouver les propos que nous avançons, de les illustrer concrètement et chaque fois en restant dans le texte. Une telle démarche permet à l’étudiant d’avoir à sa portée une boîte à outils qu’il peut manier à sa guise. En réalité les exemples choisis montrent que les préjugés sont à chercher aussi bien du côté des Blancs que de celui des Noirs. Dès lors, on est amené légitimement à se demander si le préjugé racial n’est pas en chaque individu, une réaction naturelle face à l’autre que l’on vient de rencontrer pour la première fois. Le mal serait de persister dans ses sentiments qui ne se vérifient pas toujours et de se croire supérieur, plus cultivé, plus heureux… Une vision aussi étriquée du monde peut conduire à des conflits ouverts sans fondement dont les retentissements peuvent, dans une large mesure, plonger des générations et des générations dans un chaos d’incompréhension, d’intolérance, de méfiance et de haine.

ELEMENTS DE BIBLIOGRAPHIE :

  • DUCCHET,           (C)  et  COMARMOND, (P), Racisme et société, Paris, Edition Maspéro,1969
  • KESTELOOT , (L) « Réflexions sur l’analyse du récit fictionnel oral » polycop inédit OYNO, (F), -Une vie de boy, Paris, Editions Julliard, 1956.
  • -Une vie de boy, Paris, Editions Pocket, 2002. 
  • PARAF, (P), Le racisme dans le monde, Paris, Payot, 1964.
  • PREISWERK, (R) et PERROT, (P), Ethnocentrisme et Histoire, L’Afrique, l’Amérique indienne et l’Asie dans les manuels occidentaux, Paris, Anthropos, 1975.
  • TAMBADOU, (M), « Structure de trilogie d’Oyono » in Ethiopiques-Revue négro- africaine de littérature et de philosophie n°33
  • THOUNGUINI, (P), « Survivances ethnologiques et mouvances modernes. Le Cameroun dans le miroir de ses écrivains ( imagologie et  ethnopsychologie  littéraire) » in Mélanges africains sous la direction de Thomas MELONE, Professeur à l’Université du Cameroun, Paris, Les Presses de la SNPT, 1973..
  • UNESCO, Déclaration sur la race et les préjugés raciaux adoptée par la Conférence générale à sa vingtième session, Paris le 27 novembre 1978.

Webographie

  •  http://french.agnesscott.edu/papieruneviedeboy.htm
  • http://www.avoir-àlire./spip/ariclephp3?_article
  • http://www.bonaberi.com/erticle.php?aid=1521

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